Dernier ajout : 29 novembre 2011.
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Les informations fournies dans les articles de cette nouvelle rubrique proviennent du remarquable ouvrage All that remains : The palestinian villages occupied and depopulated by Israel in 1948 (ed. Walid Khalidi )- Traduction : Philippe Lewandowski.
L’ouvrage édité par Walid Khalidi et publié en 1992 (second tirage : 2006) par the Institute for Palestine Studies (Washington, D.C.) recense, district par district, l’ensemble des 418 villages qui ont disparu de la carte.
Nous nous proposons d’en publier des extraits permettant de faire connaître aux lecteurs francophones la réalité de la Nakba (c’est-à-dire la catastrophe), nom donné par les Palestiniens à l’évènement tragique dont le gouvernement israélien, dans une vaine tentative d’effacer l’histoire réelle, prétend même interdire la commémoration.
Pour chacun des 14 districts traités, nous reproduirons la liste de tous les villages concernés avec leur population estimée en 1944/45, et en traduisant entièrement l’article consacré à l’un d’entre eux.

Les villages détruits du district
Abu Shusha (720 habitants) ; Abu Zurayq (550) ; ‘Arab al-Fuqara (310) ; ‘Arab al-Nufay’at (820) ; ‘Arab Zahrat al-Dumayri (620) ; ‘Atlit (660) ; ‘Ayn Ghazal (2.170) ; ‘Ayn Hawd (650) ; Balad al-Shaykh (4.120) ; Barrat Qisarya (?) ; Burayka (290) ; al-Burj, Khirbat (?) ; al-Butaymat (110) ; Daliyat al-Rawha’ (600) ; al-Damun, Khirbat (340) ; al-Ghubayya al-Fawqa (1.130) ; al-Ghubayya al-Tahta (1.130) ; Hawsha (580) ; Ijzim (2.970) ; Jaba’ (1.140) ; al-Jalama (?) ; Kabara (120) ; al-Kafrayn (920) ; Kafr Lam (340) ; al-Kasayir, Khirbat (?) ; Khubbayza (290) ; Lid, Khirbat (640) ; al-Manara, Khirbat (?) ; al-Mansi (1.200) ; al-Mansura, Khirbat (?) ; al-Mazar (210) ; al-Naghnaghiyya (1.130) ; Qannir (750) ; Qira (690) ; Qisarya (1.120) ; Qumbaza, Khirbat (?) ; al-Rihaniyya (240) ; Sabbarin (1.700) ; al-Sarafand (290) ; al-Sarkas, Khirbat (?) ; Sa’sa’, Khirbat (130) ; al-Sawamir (?) ; al-Shuna, Khirbat (?) ; al-Sindiyana (1.250) ; al-Tantura (1.490) ; al-Tira (5.270) ; Umm al-Shawf (480) ; Umm al-Zinat (1.470) ; Wa’arat al-Sarris (190) ; Wadi ‘Ara (230) ; Yajur (610).

Le village avant 1948
Le village était situé sur la côte dans l’enceinte en ruine d’une ancienne ville portuaire, originellement appelée la Tour de Strato. Qisarya est la forme arabisée de Césarée, le nom de la ville romaine ayant succédé à la Tour de Strato. La première ville avait été fondée par Strato, roi de Sidon à la fin du quatrième siècle avant J.-C., en tant que colonie commerciale phénicienne. Hérode le Grand (mort en 4 avant J.-C.) construisit la ville nommée Césarée (du nom de son souverain, Auguste César) entre 22 et 10 avant J.-C. Elle devint un port prospère sous les Romains et le demeura sous Byzance. (De récentes fouilles sous-marines dans le port ont révélé qu’elle était un chef d’œuvre de construction portuaire.) Ce fut le site de la première conversion non juive au christianisme (Actes des apôtres, 10).
Dès le troisième siècle, elle fut un centre d’études chrétien, grâce à la présence et
à la bibliothèque d’Origène (mort vers 254) .
Ce fut Eusèbe de Césarée qui établit
la première liste utile des noms de villes de Palestine, intitulée Onomasticon.
Césarée passa aux mains des Arabes vers 640 et fut l’objet d’une grande
attention par les géographes et les chroniqueurs arabes et musulmans. Al-
Ya’qubi (mort en 897) dit qu’elle fut la dernière ville prise lors de la conquête
arabe. Nasir Khusraw, écrivant en 1047, la décrivait comme une jolie ville, avec
des cours d’eau, des palmiers, avec une belle mosquée depuis laquelle les
croyants pouvaient bénéficier d’une vue de la mer, et une muraille formidable.
La ville était également l’habitat de nombreuses personnalités arabes célèbres,
notamment de ‘Abd al-Hanib al-Katib (mort en 750), le fameux rhétoricien et
homme de lettres. Toutefois la fortune de Qisarya semble avoir décru par la
suite. Yaqut al-Hamawi (mort en 1228) disait qu’elle ressemblait plus à un village
qu’à une ville. Les croisés commencèrent par la piller, puis ils construisirent un
port et firent de la ville le siège d’un archevêché, jusqu’à ce qu’elle soit prise et
rasée par le sultan mameluk Baybars (1233-77).
Césarée ne se releva qu’en 1878, lorsque des musulmans de Bosnie s’y établirent après avoir échappé à l’occupation autrichienne de leur pays. Oliphant, un militant et mystique sioniste anglais, dit que cinq mois après leur arrivée, les immigrants bosniaques avaient construit vingt maisons de pierre avec des caves et des pièces d’emmagasinage.
En 1945, la population arabe de Qisarya était composée de 930 musulmans
et de 30 chrétiens
. Le contour général du village était parallèle au rivage, en
s’étendant du nord au sud.
Ses maisons étaient faites de pierres liées soit avec
de la boue soit avec du ciment ; toutefois quelques bédouins vivaient dans des
tentes dans les alentours de Qisayra. La grande route côtière passait environ 4
km à l’est. Une école primaire de garçon fut fondée dans le village vers 1884,
pendant la domination ottomane. Les habitants du village tiraient l’eau à usage
domestique de plusieurs puits. Leur économie était basée sur l’agriculture.
En 1944/45, 18 dunums (1 dunum = 919 m²) étaient dévolus aux citrons et aux bananes, et 1.020 dunums étaient alloués aux céréales ; 108 dunums étaient irrigués ou occupés par des vergers.
Grâce à des fouilles récentes, de
nombreuses ruines de Césarée sont maintenant visibles.
Elles comprennent les
aqueducs haut et bas de la ville
, le théâtre, des parties de remparts (à la fois des
périodes romaine et byzantine), l’hippodrome
, des caves d’entrepôts dans le port,

et la dernière forteresse des croisés
.
Occupation et nettoyage ethnique
Selon l’historien israélien Benny Morris, « Césarée fut la première expulsion pré planifiée et organisée d’une communauté arabe par la Haganah en 1948. »
Le village fut pris par une unité du Palmach le15 février et ses habitants « s’enfuirent ou furent forcés de partir », bien que certains se fussent déjà enfuis par crainte d’une attaque. Lorsque vingt villageois insistèrent pour demeurer dans leurs maisons après même la prise du village, une unité du Palmach détruisit les habitations du village le 20 février. La décision de détruire les maisons fut prise au début février lors d’une réunion du grand quartier général de la Haganah. Mais Morris affirme que les maisons étaient des propriétés juives louées par des Arabes de l’Association pour la Colonisation Juive de la Palestine (Palestine Jewish Colonisation Association, PICA), et que l’officier du Palmach à la tête des opérations, Yitzhak Rabin, n’était pas d’accord avec la décision de détruire le village. Un dirigeant de l’aile gauche du Mapam fit également objection, disant que les villageois « avaient fait tout ce qui était en leur pouvoir pour maintenir la paix à l’intérieur et aux alentours de leur village… » Trente maisons furent détruites ; six furent épargnées en raison du manque d’explosifs. Les démolitions eurent lieu dans le contexte général de nettoyage de la plaine côtière au nord de Tel Aviv dans les premiers mois de 1948.
Implantations israéliennes sur les terres du village
Le kibboutz de Sedot Yam fut établi sur ce qui était traditionnellement un territoire du village en 1940, à 1 km au sud du site du village. Une autre implantation, Or ‘Aqiva, fut fondée au nord-est du village en 1951 ; c’est maintenant une petite ville de plus de 7.000 habitants en expansion sur les terres du village. La localité israélienne de Qesayra fut reconnue par le gouvernement israélien en 1977.
Le village aujourd’hui
La plupart des maisons ont été démolies. Le site a été fouillé ces dernières années par des équipes italienne, américaine et israélienne, et s’est transformé en aire touristique. La plupart des quelques maisons restantes sont maintenant des restaurants, et la mosquée du village a été convertie en bar.

Pour en savoir plus : en anglais http://www.palestineremembered.com/... en arabe http://www.palestineremembered.com/..., sur le site palestineremebered
Images : Palestineremembered.com